mercredi 27 mars 2013

J'ai raté le grand chelem.

 

L’organisme vient de m’envoyer les conclusions de son jury de dégustation sur des échantillons prélevés chez moi pour : je cite l’objet : contrôles « produits ».

Je dis l’organisme, parce que je n’ose pas le nommer par son vrai nom, de peur des représailles. Quand on travaille ses vignes avec de l’herbe mieux vaut ne pas trop titiller le pouvoir de répression.
                                                                   


L’organisme disais-je, viens de m’envoyer un joli courrier, pas de menace cette fois et même écrit sans faute d’orthographe...

On me précise bien que mes lots de vins (deux vins blancs) « ont étés soumis à des examens organoleptiques et ont été jugés conformes ». Qu’il ne s’agit pas d’un agrément, mais d’un résultat de contrôle !!!

Donc si je comprends bien il s’agissait pour le jury de juger de la conformité de mes vins avec l’appellation que je revendique pour eux, mais pas de les agréer dans l’appellation, l’agrément d’antan ça n’existe plus, aujourd’hui on contrôle, on évalue.

Bon moi je n’ai jamais  aimé les notes, les évaluations alors j’aurais tendance à m’en …  mais bon je me dis qu’il faut voir dans le détail :

Premier vin, sept avis favorables, zéro avis défavorable ! Whoua !!! vin sur vin ! Oui je sais c’est facile.
Deuxième vin,  huit avis favorables, un avis défavorable ! Tiens je m’dis qu’il y en a un ou une qui n’a pas aimé et je m’interroge.

Il n’est pas question d’aimer ou pas puisqu’il est seulement question de savoir si mon vin est conforme ou non.

Huit jurés disent : « conforme » le neuvième juré dit « non-conforme » !
On m’aurait dit cinq contre quatre, ou trois contre trois et trois abstentions (non ça c’est pas possible) mais quelque chose d’équilibré quoi, même sept contre deux, admettons ! Mais là avouez que c’est bizarre.

Que s’est-il passé dans sa tête de juré… seul contre huit ?

- C’est peut-être qu’il ne connaissait pas les critères de conformité, ou qu’il pensait déguster des grands crus ?

- Ou alors Saturne lui a fait le coup de la panne, c’était son premier vin, pas le temps de s’aviner les papilles encore toutes enduites de dentifrice et hop : passé à côté ?

- Ou encore, comme c’est un vin blanc, il a comme tous mes vins blancs, des petites notes amères et le neuvième juré n’a pas supporté. Parce que le neuvième juré, il suit à la lettre ce qu’on lui a appris au stage obligatoire pour être juré ; les amers dans les vins : c’est un défaut ! (c’est ce dont on a essayé de me convaincre quand j’ai fait le stage, du coup je n’ai jamais été aux dégustations), en effet je pense que les amers sont nécessaires à la sapidité du vin.

- Le  neuvième juré, c’est un collègue qui en a ras le bol qu’on lui recale ses vins aux dégustations alors il y va et il retoque tout ce qu’il goûte.

- Ou alors tout simplement, le neuvième juré, sa journée a mal commencé ce matin là, il s’est levé du mauvais pied, tout le fait ch… ça a commencé dès le matin, le siphon de la douche était bouché, le filtre de la cafetière aussi, il s’est coincé les doigts dans cette p… de serrure de portail et pour finir la batterie de la bagnole était à plat. Comment on peut déguster après ça ? Bref, c’était pas son jour !

- Ou bien le neuvième juré, il est arrivé déguster avec une chique carabinée qui a failli l’empêcher de venir, mais bon il tenait à venir quand même quand on s’engage on s’engage !  Quand il a goûté mon Hautes Côtes à 3.22 de pH malo faite… ça te lui collé un violent coup dans la gencive… la chique a pété... et ça lui a pourri le bec. 

Bon en tout cas, il avait sans doute une bonne raison le neuvième juré, je ne peux pas lui en vouloir quoi !

 En attendant, j’ai raté le grand chelem !

Alors dans sa grande précision protocolaire, l’organisme me propose la chose suivante dans le cadre au-dessous des mentions des résultats des examens organoleptiques:

« Merci d’indiquer ici vos observations ainsi que d’éventuelles mesures correctrices ou correctives. Vous pouvez également faire une demande de recours. Si elle est acceptée, nous vous demandons de nous ramener les 3 des 4 échantillons laissés dans votre structure (le 4ème doit être conservé jusqu’au résultat du contrôle). Vous pouvez ne faire qu’une seule demande de recours. »

!!!!!!

Non, j’en reste là, je ne demande pas de recours pour avoir l’unanimité, 8/9 c’est pas mal pour un cancre !

 

 

samedi 23 mars 2013

l'Françouais à Dijon la belle diguedi...


François est venu nous rendre visite, (le Président, pas le Pape), à Dijon chez l’autre François (le maire de Dijon, pas le Pape).

A Dijon, le seul Pape qu’il eût pu rencontrer eût été celui des escargots et cela aurait pu donner lieu à quelques échanges colorés.

Le pape des escargots, il n’a pas la télé, mais il sait tout sur tout, il « traje » la Bourgogne de long en large et en travers il discute avec les uns et les autres. Oh bien sûr en ces temps de télévision et d’internet, les nouvelles vont bien plus vite que lui, mais il est des informations qui ne transitent que par lui. Quelques secrets de villages et de campagnes que lui seul détient.
Le fond des choses, le fond des âmes on en parle jamais à la télé mais lui le pape des escargots il connaît tout ça.
Sûr qu’il ne serait pas contenté de lui demander ce qu’il a fait de ses promesses de campagne au Françouais, il aurait pu lui dire bien des choses en somme et sûr qu’il aurait varié le ton. 

 -- Sauf votre respect Mr le Président, aurait pu dire la Gazette, je connais la Bourgogne mieux que personne, croyez-moi, elle est comme le reste du monde, elle part en quenouille puis s’effiloche.
Voyez en ce début de lune rousse, j’étais à Mâcon et pour me ressourcer, j’ai remonté tout son vignoble puis traversé la Côte Chalonnaise puis celle de Beaune et de Nuits avant d’arriver là pour vous dire ceci :
J’en ai croisé du monde dans les vignes, faut dire que c’était la première semaine de beau temps depuis belle lurette. Tout ce monde au travail dans les vignes et dans les caves, ça m’a confirmé que le printemps arrivait. Du coup je ne me suis pas attardé bien longtemps, pas plus que le temps de causer en vidant quelques godets.

En y regardant vite fait comme ça, on dirait que tout va bien, ils n’ont pas l’air malheureux les vignerons, d’abord parce que ce n’est pas l’occupation qui manque, comprenez eux ils travaillent coûte que coûte et c’est en septembre après une année de labeur qu’ils font les comptes, avant personne ne sait ce qu’il adviendra, alors ça bosse dur et pour aider ils ont le bon vin et la convivialité et croyez-moi ça donne un peu de joie de vivre et de nos jours il y en a besoin. Mais comme dit l’autre : « c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses ! »

Enfin en causant un peu, on voit qu’ils ont deux trois soucis les vignerons, d’abord à Mâcon voilà que depuis deux trois ans s’est pointée une nouvelle maladie de la vigne, enfin nouvelle pour la région.

Un virus, la Flavescence dorée qu’elle s’appelle, un joli nom pour une sacrée salope qui vous ravage les vignes en rien de temps. Tout le monde s’inquiète, les vignerons, les syndicats, les techniciens, l’interprofession et finalement le préfet qui décide, bien conseillé qu’il est, de faire traiter toutes les vignes de Saône et Loire pour détruire le petit papillon, une cicadelle, qui pique les feuilles pour se nourrir et qui transmet ainsi le virus.
Alors ils vont traiter les vignerons, ils ont l’habitude, mildiou, oïdium, près d’un siècle et demi que ça dure, aux meilleures années de la prospérité phytopharmaceutique, ils ont même traité avec des désherbants, y’en a d’ailleurs qui continuent, et avec des insecticides de toutes sortes. Les vers de la grappe, les acariens, les pyrales et j’en passe ils ont tout dégommé à coup de pesticides. Seulement depuis dix, quinze ans, ils se sont rendu compte qu’à part le mildiou, l’oïdium et rarement les vers de la grappe, y’a pas besoin de traiter systématiquement, que quand ils labourent les vignes et qu’ils arrêtent les désherbants chimiques, les invasions d’insectes ravageurs diminuent et s’équilibrent sans tout bouffer !
Cela fait bientôt vingt ans que les vignerons ont fait un travail formidable pour travailler proprement.

Et là y’a un problème, ils vont faire ce que leur demande le préfet et badadoum… vingt ans de travail foutus en l’air !

 Il y l’Esca, autre maladie du bois, un champignon qui fait crever les pieds de vigne en quelques heures au début de l’été. Le produit mortel qu’ils utilisaient autrefois est aujourd’hui interdit et c’est tant mieux, moi je remarque que les plus vieilles vignes, qu’étaient pas des clones, taillées correctement: c’est bizarre mais elles crèvent pas !

Autre chose, du sud au nord, ils ont fait une pauvre récolte les vignerons de Bourgogne, moi qui n’ai pas d’âge, j’ai déjà vu ça, seulement c’était y’a longtemps, pis à l’époque, ils avaient tous une ou deux vaches, des poules et des lapins, un jardin, enfin tout pour se serrer la ceinture un moment et attendre une récolte meilleure. Et puis surtout ils devaient pas un sous au banquier. Alors que là, y va falloir payer avec des clopinettes et les banquiers ils disent que les clopinettes ça vaut rien !

 Voilà ce que la Gazette aurait pu dire au Président, puis sûrement bien d'autres choses encore, terminant son propos par un improbable prêche en latin aux escargots et aux blaireaux, aux lapins et à leurs civets se terminant à coup sûr par « in vino véritas »
Je n’ai aucune idée de ce que le président aurait bien pu lui répondre au vieux fou, qu’importe puisqu’il a disparu de toute façon avec le père Vincenot, à moins qu’il ne continue à hanter la campagne bourguignonne, en maugréant qu’on est en train de devenir fous.

Si j’avais l'occasion de le rencontrer moi, le Françouais, je lui dirait bien que tout ça c’est pas si grave, que le pire c’est ce qu’on ne vois pas venir, la vouivre aurait dit la Gazette, les forces obscures des lobbies qui nous les cassent et qui nous feront plus sûrement crever que le premier verre de vin qu’on boit chaque jour et qui nous réjouit lui ! S'il devait nous donner le cancer ou je ne sais quoi d’autre, il y a bien longtemps qu’il n’y aurait plus un vigneron sur cette terre.

Bon finalement, Mr le Président, ils sont comme tout le monde les vignerons bourguignons, ils ont leurs soucis, leurs difficultés et ils sont pas idiots, ils savent bien que c’est pas vous qui allez résoudre tous ça en un tournemain, même ceux qui ont voté pour vous, ils se sont plus bercés d’espoirs que d’illusions.

Berthomeau a raison, le lobby du vin, c'est pas grand chose. "Il est pas ben vigrot" aurait dit la Gazette.

En tout cas c’est pas une raison pour ignorer royalement les viticulteurs mon prince, car même s’ils sont pas tous des électeurs, faudrait pas pour autant les exclure des forces vives de la Bourgogne !

Ni eux ni les nombreux qui grâce à la viticulture et au vin ont du boulot ! Et pour assuré qu’il soit parce que pas délocalisable le travail de tous ces gens n'en est pas moins respectable et eux avec !

Parce que sur la route de Dijon,  y’avait bien des vestons, la belle diguedi, mais pas un vigneron la belle diguedi, la belle diguedon.

C’est pas poli d’agir de cette façon et c’est même grossier !

dimanche 24 février 2013

Le redressement par le rouge... Productif !


Printemps 2013 à Paris, terrasse du Café de Flore, Arnaud et Maurice boivent un verre de vin rouge en discutant au doux soleil d'avril. Ils se sont donné rendez-vous là après une longue correspondance écrite et pas toujours cordiale. Il faut dire qu'ils ne se connaissaient pas.

Maurice pensait que la France était un pays de nantis, d'assistés, de fainéants passant leur temps à glander y compris au boulot. Arnaud défendait un pays qu'il chérit et des gens qu'il aime bien surtout quand ils sont d'accord avec lui. A force de se chicaner pour des broutilles, Arnaud avait invité Maurice à Paris pour s'expliquer de vive voix. Il est malin Arnaud, il avait invité  Maurice au bistrot parce qu'il avait un peu en travers une petite phrase que ce dernier avait glissée dans une lettre et qui lui avait plutôt déplu.

Maurice avait écrit: " bientôt en France plus personne ne travaillera et les gens passeront leur temps aux terrasses des cafés à boire du vin rouge".

Comme Arnaud était arrivé le premier, il avait commandé un verre de vin rouge en attendant. Un bon verre de bon vin de sa bonne Bourgogne natale où il a quelques copains vignerons. Il s'était dit on va commencer par le début modestement et il avait commandé un Hautes Côtes de Beaune Rouge 2009 signé Devevey.

Maurice arriva et les présentations faites, Arnaud lui offrit un verre de bon vin rouge de sa bonne Bourgogne natale, l'autre ne put qu'accepter et ils trinquèrent.

Ils commencèrent à s'expliquer longuement sur les sujets les plus divers et les plus compliqués qui procèdent de la marche du monde. Maintenant qu'ils étaient là, assis à la terrasse d'un beau café, symbole du prestige de la France, à boire un bon vin rouge de Bourgogne, les meilleures conditions étaient réunies pour se parler. Et ils parlèrent de tout : de la France, du fléchissement, du chômage, des gens, du pouvoir, du pas pouvoir et du pognon enfin de l’économie comme ils disent !

Ils parlèrent tellement qu'ils eurent vite atteint le fond des verres et qu'ils en recommandèrent un autre.

C'est la mienne, dit alors Maurice, on remet le même il est très bon!

Puis ils reprirent leurs échanges, les langues s'agitaient, se déliaient de plus en plus et, restant polis car ils étaient tous deux de bonne éducation, ils se laissèrent aller à leur engouement pour le verbe, débattant, se coupant la parole l’un l’autre. On sentait monter l’amitié !

Et derechef les verres furent vidés.

Bon dit Arnaud: t'en rebois une Maurice ? Bien sûr ! répondit l'autre.

On ne va pas continuer comme ça à boire au verre répliqua Arnaud, on va prendre une bouteille ça coûtera moins cher. Qu'est-ce que tu penses d'un bon Rully 2010 de chez Jean Yves Devevey ? Je le connais, il fait bon !

Pour le vin je te fais confiance répondit Maurice.

La bouteille arriva, ils l'entamèrent joyeusement et reprirent leurs échanges.

Dis-donc ! s'exclama Arnaud, on mangerait bien un morceau sinon on va être bourrés et on dira n'importe quoi.

T'as raison dit l'autre, ils font des hamburgers ici ?

De quoi ? Tonna Arnaud, décidément tu connais rien à la France faut tout t'apprendre !
On va commander une belle assiette de charcuterie, mon grand-père faisait une excellente rosette dans le temps à Autun, je m'y connais !

Si tu t'y connais autant qu'en pinard, je te fais confiance, lui dit Maurice.

Tu peux ! Je m'y connais encore mieux en rosette qu'en pinard dit Arnaud.

La charcuterie était excellente et le vin tellement bon qu'ils commandèrent une autre bouteille.

Tiens toi bien Maurice, dit Arnaud, il fait aussi du Volnay le Devevey on va en prendre une.

A ta guise mon cher Arnaud répondit  Maurice avec emphase. Il faut dire que les oreilles commençaient à lui chauffer.

La bouteille de Volnay eut l'heur de plaire particulièrement à Maurice qui en but les trois quarts. Arnaud en bon bourguignon savait s'y prendre...

Au fil des verres, notre Américain ayant du mal à articuler plus avant ses arguments, Arnaud en grande forme pris la parole et déclara, théâtral :

Tu vois Maurice, on vient de passer deux heures à bavarder et à picoler toi et moi ! Et bien tu sais quoi, Maurice, on a participé au redressement de la France !

L'autre le regarda ahuri...

Réfléchis Maurice, les vins qu'on a bu là tranquille en causant mon gars, il a bien fallu un serveur pour nous les apporter à table et c'est pas le seul à travailler ici. Et le vin, il a bien fallu quelqu'un pour le faire Maurice et je vais te dire : le bon vin c'est pas simple à faire !

C'est comme la bonne charcuterie, derrière un verre de vin ou derrière une rosette, t'imagines pas le nombre de gens qui bossent Maurice et même qu'ils usent des pneus de tracteurs les vignerons et les éleveurs, rends-toi compte !

Tous ces gens qui travaillent, viticulteurs, tonneliers, verriers, bouchonniers, imprimeurs, vendeurs, livreurs, assureurs et même banquiers, la liste est infinie Maurice, plus il y de gens qui boivent du rouge et qui mangent de la charcuterie, plus il y de gens qui bossent en France et qui eux aussi boivent du rouge et ça n’en finit jamais, c'est le grand mouvement perpétuel de la vie ça Maurice et en plus c'est du plaisir, c’est du bonheur !

Là, nous deux Maurice, poursuivit l'Arnaud, pendant deux heures on a fait bosser des milliers de gens !

Alors tu sais quoi Maurice ?

On en reboit un, le Devevey il fait un Beaune 1er cru les Pertuisots du feu de dieu, je te l'offre, tu vas voir avec des œufs en meurette c'est de la balle !

Il avait jamais mangé des oeufs en meurette le Maurice, jamais bu du si bon vin, il savait même pas que ça existait, le Maurice !
Et bien il est reparti le lendemain secoué, tout tourneboulé, étonné de ne pas avoir la gueule de bois (il avait bu et mangé que du bon), tous ses clichés sur les français fracassés  et ses certitudes dévastées.

On ne l’a jamais revu. Aux dernières nouvelles il errait dans Manhattan habillé en culotte de velours avec un béret sur la tête en chantant en boucle un ban bourguignon que lui avait appris l'Arnaud...

Merci Arnaud et à la tienne !

vendredi 8 février 2013

De quels vins on s’abreuve, de quels mots on se saoule ?


 

Tempête dans une sapine, les cerveaux aujourd’hui s’agitent sur la toile aussi virtuelle que les propos sont superficiels.

 Le vin convenable est-il le vin bio, le vin nature ou le reste ?

On ne sait plus à quel vigneron se vouer ! 

Il est assez probable que le meilleur vin soit celui qui nous fait plaisir, car il est bien loin le temps ou l’on buvait de la piquette pour se garder des dangers de l’eau d’alors, qui était sans doute bien plus dangereuse que le pire vin d’aujourd’hui !

Loin aussi le temps ou l’on buvait des litres et des litres de vin pour tenir le coup au boulot ou pour tenir le coup tout court. 

Alors c’est quoi ce débat ? il y aurait des vins bons, des moins bons, des mauvais?
Merde alors et on ne nous dit rien !

Il aurait des vins sains (natures) et des malsains (les autres) ?
Non, déconnez pas les mecs !

Le vin finalement c’est un peu comme le sexe et tout le reste, c’est ceux qui en parlent le plus…

Chez nos chers prescripteurs, c’est comme partout y’a du bon et du moins bons, des « goûteux » et des « buveux ».

Moi vigneron, j’en bave des ronds de chapeau pour arriver à faire du vin buvable qui donne un peu de plaisir aux braves gens qui m’en achètent. Il y en a parmi eux qui me disent qu’il est bon, d’autres disent même excellent, ça me fait du bien mais ça résout rien.
Cela ne m’empêche pas chaque début d’année de me demander si elle se passera bien; je veux dire si je réussirai à payer les banquiers, les fournisseurs et à avoir encore de quoi nourrir ma famille.
Cela ne m’empêche pas comme tous mes collègues vignerons, le printemps venu, de serrer des fesses en espérant qu’il ne gèlera pas. Et quand ça passe, j’espère qu’il ne pleuvra pas trop, qu’il ne fera pas trop froid, ni trop chaud et que je ne serai pas obligé de traiter tous les quatre matins, j’espère aussi qu’il ne grêlera pas et qu’août (qui fait le moût) sera beau et que ça durera jusqu’aux vendanges.
Après j’espère que mon vin sera pas bouchonné et puis pour compléter que mes clients me paieront et pas en retard si possible !

Voyez un peu messieurs les « goûteux », les basses considérations que j’ai dans mon métier.

Dites-moi donc ce que vous buvez, si vous n’êtes pas -que- des « goûteux »?
Parce que je vous vois bien goûter à tour de papilles et puis juger, noter, classer, faire et défaire, dire du bien d’un vin du mal d’un autre, encenser un vigneron, baver sur un autre , c’est quoi cette mode ridicule de vouloir tout déguster ? Maintenant, au restaurant on vous apporte votre assiette et on vous dit : « bonne dégustation » alors que vous êtes venu pour manger !   ben ça va ou bien ?

Faudrait arrêter de penser que vous êtes au centre du monde du vin les « goûteux » et que vous avez une science infuse qui n’existe pas. Si vous aviez un peu d’honnêteté et d’amour propre, en imaginant que vous soyez fondés à juger le travail des vignerons, vous ne commenteriez que vous propres sensations après avoir bu un vin… à l’apéro, ou mieux en mangeant à table comme il se doit. Parce qu’un vin ne représente pas qu’un vin mais un lieu, un instant, presque un état !

La dégustation c’est un outil technique de fabrication du vin, c’est un outil technique pour choisir ce que l’on veut acheter et encore ce deuxième point se discute. Faudrait arrêter de confondre les moyens et la fin.

Le meilleur vin ça n’existe pas, c’est celui qui nous rend heureux à un moment donné parce qu’on est bien là où on le boit et avec qui on boit.

Un aligoté avec de bons amis sera toujours plus joyeux qu’un Montrachet partagé à regret avec de mauvais compagnons.
 
Il m’est avis que si vous buviez un peu ou un peu plus, vous découvririez les fabuleuses vertus du vin.
Car, quant à écrire sur les vins, ce n’est pas qu’une occupation, c’est sérieux mais il faut en être capable, oserais-je dire en être digne ?

Les auteurs qui en pinçaient pour la chopine, les « buveux », ont de tous temps écrits de fort belles choses et puisque vous prétendez juger notre travail, je prétends vous dire que leur lumière montait du fond du verre pour éclairer leurs esprits et que c’était d’un autre tonneau !

Je ne vois rien dans vos écrits polémiques qui présente luminosité et grandeur ou qui révèle un tant soit peu de talent. En croyant parler du vin, c’est souvent de vous-même que vous parlez, traitant le vin comme un faire-valoir, vous le galvaudez dans des crachoirs.  

Sans talent et même avec, il nous reste le labeur, c’est notre lot à tous, vignerons, écrivains également et autres  aussi. Sans talent ni travail, les « goûteux » ne sont finalement que des gribouilleurs.

La nature a créé l’eau et l’homme le vin et l’écriture…

Et l’homme n’est pas parfait chacun le sait bien.

 

jeudi 27 décembre 2012

Raté de peu!


Et voilà, deux mildiouse se termine, à l'image de ce qu'elle fût, humide!

On n'espère pas revoir cela de sitôt parce qu'une année de labeur pour si peu ça frôle l'impensable. Les anciens ont dit encore cette année, comme en 2003 mais pour d'autres raisons, qu'ils n'avaient jamais vu cela, pas à ce point en tout cas; mais les plus anciens, les "nonas" qui se souviennent encore, ont peut-être perdu quelques bouts de souvenirs en route (?).

Bon ça aurait pu être pire, on a quand même échappé à l'apocalypse, c'est une raison de se réjouir... ou pas d'ailleurs, car si l'on y regarde sous un autre angle, il eut fallu que plus de monde y croie à cette fin du monde, imaginez l'affaire: que fait-on en pareilles circonstances, dès lors que l'on est épicurien, amateur de bons vins ?

On se dit: toutes ces bouteilles que l'on chéri depuis des années, achetées parfois à prix d'or, il faut les boire! En profiter enfin avant de disparaître!

On aurait pu alors assister à une apocalyptique soûlographie, une monumentale beuverie en attendant que tout pète, quitte à risquer de se péter soi-même la panse!

Et le lendemain: gueule de bois joyeuse d'être encore là et de constater que tout continue, qu'il n'y a rien d'autre à reconstruire que les caves vides... à remplir...

Ah quel bonheur pour les vignerons, vous n'en avez plus? ça tombe bien il nous en reste... enfin un peu, très peu parfois, surtout 2012! mais non c'est pas cher, c'est rare!

Rien de tout ça, les gens ne croient plus en rien, c'est le scepticisme généralisé, l'incrédulité dominante ou la peur partagée!

Peur de manquer, peur du gendarme que sais-je encore? On a pratiquement rien bu!

Alors on aurait pu arroser ça; ce "Raté de peu", c'était l'occasion d'en ouvrir!

Bref, encore une occasion manquée de partager de la joie. Pourquoi faut-il absolument une occasion alors qu'une envie suffit?

Vous les voyez ces bouteilles qui vous tendent leurs goulots suppliants, alors qu'est-ce qui vous retient? Vous n'aimez pas boire seul? Invitez un copain et même plusieurs comme ça vous pourrez partager plus pardi!

Allez lâcher-vous, n'attendez pas, on ne sait jamais s'il y avait une erreur de calcul?

Si les prévisionnistes étaient comme les vieux, un peu oublieux - pas fiables, et que l'apocalypse soit pour demain vous auriez des regrets même dans l'au delà.

Car c'est connu de tous: dans l'au delà, il y a de l'eau mais pas de vin, rien, pas une goutte, même pas une piquette à deux balles alors sûrement pas du bon!

Bon je compte sur vous et puis cette année je ne fais pas de vœux parce que l'an dernier j'ai voulu faire le malin avec mes bocaux et puis mon point d'interrogation, alors on a vu le résultat!

Cette année je ne dis rien. Et quand je ne dis rien, je dis tout!



lundi 7 juin 2010

solidarité vigneronne


Vendredi 5 mars 2010, Stéphane m'avait donné un bon tuyau, je cherchais depuis longtemps, depuis 1992, à travailler des vignes dans le beau village voisin de Rully.
Contact pris avec les propriétaires, l'affaire était en marche mais les vignes pas taillées et à reprendre pour cette campagne 2010. A moi seul, la tâche était insurmontable!

L'année 2009 avait été particulièrement difficile, douloureuse même, j'avais dû me séparer de mon employé chargé des vignes et me retrouvais donc avec une charge de travail considérable. Mais lueur dans la grisaille, un certain nombre d'amis m'avaient alors proposé leur aide.
Heureux de pouvoir compter sur eux, je leur fis signe pour l'organisation d'une journée d'entraide comme il n'en existe plus beaucoup.

Tous ont répondu présents et ce vendredi de début mars, seule journée ensoleillée dans l'hiver se prolongeant, nous avons taillé deux hectares soixante dix et commencé de tirer les sarments, avalé avec plaisir un bon casse-croûte préparé par Brigitte et Christine et bus quelques bons verres. Qu'elles soient ici remerciées pour la qualité des terrines et leur aide au succès de la journée dont ce repas de bout de vigne ne fût pas le moindre des temps forts.

Merci à Stéphane et Sandrine, merci à Olivier et Corinne, à Dominique, à Jean-Philippe, Benjamin, David, Emmanuel et Jean-Michel venu du Jura, ainsi qu'aux personnes qui vous accompagnaient.

De l'avis de tous, ce fût une belle journée, amicale, fraternelle, conviviale et chaleureuse bien que tout de même laborieuse.

Quelle jolie leçon de vie dans ce monde un peu fou ou l'individualisme l'emporte souvent!
Quelle joie et quelle fierté d'avoir autour de soi des personnes comme vous!

Je radoterai longtemps (je le souhaite) à ma descendance, cet épisode heureux de ma vie.

Qui doutera maintenant de la capacité de notre métier à rassembler les gens sous le signe de la convivialité et du bien vivre.
Quelques raisons de garder l'espoir!

lundi 9 juin 2008

Ainsi donc on a trouvé des pesticides dans les vins !
Ce qui eût été étonnant, c'est que les cherchant, on en trouvât point !

En effet depuis l'après guerre, le paysan français est passé du statut de cultivateur comme on disait alors à celui d'exploitant comme on dit aujourd'hui.
Ceci peut sembler anodin, mais c'est lourd de sens. Ce n'est pas que pure rhétorique, dans cultivateur il y a "culture", il y a une notion d'échange et de lien charnel entre l'homme et "sa" terre.
Dans exploitant, il y a "exploiter" et d'exploitant à exploiteur il n'y a pas loin.
Devenant exploitant, le paysan s'est gonflé de cupidité au même rythme que son esprit s'est appauvri, oubliant ses acquis, son ancestrale expérience de la nature, son bon sens paysan, au profit de compétences transférées aux techniciens de tous poils, marchands de bonheur à court terme et de malheurs pour plus tard.

La viticulture comme toute l'agriculture s'est considérablement embourgeoisée, cédant aux sirènes de l'agrochimie pour ménager sa peine et augmenter ses profits.
Que de molécules chimiques toutes plus miraculeuses les unes que les autres et prétendues indispensables n'avons-nous pas utilisées ?
Nous avons cédé aux puissances commerciales, à la facilité et nous en sommes aujourd'hui coupables.
Il est temps que les consciences s'éveillent, il est temps de reconnaître que ce qui fait que la nature s'équilibre sur notre terre, dans nos vignes est fondamental et fragile !
En Bourgogne, le désert n'existe pas, terre – eau - lumière donnent naissance à la vie: micro-organismes, plantes, insectes etc. ... animaux petits et grands ... homme...
Ce dernier utilisant abondamment des herbicides, détruit les premiers sans lesquels les suivants ne peuvent survivre jusqu'au jour ou il se rend compte qu'il se met lui même en danger. Mais avant cela, le mal court et devient quelquefois irrémédiable.
Si l'on peut sérieusement penser qu'il suffit de changer nos pratiques pour épurer nos vins, nous laissons dès maintenant à nos enfants des eaux polluées de pesticides pour beaucoup plus longtemps.

Pourquoi ce qui était autrefois fait à la main et avec l'aide du cheval ne serait pas possible avec des tracteurs qui bien que polluants n'ont pas l'effet dévastateur de la chimie ? Labourons modérément, cultivons la terre !
Bien sûr c'est possible techniquement mais pratiquement, c'est plus difficile. Le vigneron que je suis, souhaitant encourager au maximum la richesse botanique et donc la diversité biologique dans ses vignes doit affronter les foudres de certains confrères, les réprimandes et les menaces (de perdre l'AOC) de l'INAO, sans parler des reproches des propriétaires qui pensent qu'enherbé, leur patrimoine est en péril: s'ils savaient ...!


Tous ces gens ne supportent pas la présence d'herbe dans les vignes et même si la tolérance a fait des progrès indiscutables, ce n'est pas suffisant.
Il faut changer la norme, il faut savoir prendre les risques que nous impose une approche écologique de notre métier nous en avons les moyens.
Les meilleurs d'entre-nous sont dans cette démarche, il faut que tous les autres suivent !
Ne parlons pas de Biologie, terme galvaudé, récupéré par le marketing, mais je veux une nouvelle fois saluer les pionniers de la viticulture biologique et de la biodynamie, nous leur devons d'avoir pris conscience avant d'autres et surtout avant les analyses que nous mettions la planète en danger.
Ils ont pris des risques eux, mais pour eux seuls, ont payé cher leur engagement et c'est grâce à leurs expériences que nous pouvons avancer aujourd'hui sur leurs traces et à moindres frais.

Alors allons-y et sans perdre plus de temps, bannissons définitivement les herbicides chimiques de nos vignobles, nous n'en avons pas besoin et réfléchissons, en même temps que nous observons les effets bienfaiteurs et naturels du retour des plantes adventices, à limiter puis à arrêter les intrants chimiques.
C'est possible, c'est une autre conception de notre métier, Ô combien valorisante pour le vigneron qui redevient cultivateur, recouvre ses compétences et sa liberté de penser et d'agir, Ô combien salutaire pour le consommateur et donc nécessaire pour la sauvegarde de notre métier déjà bien diabolisé, ce beau métier par ces dérives longtemps commises, à coup sûr en danger !


Jean Yves Devevey.